Capsules historiques

LES ÉPIDÉMIES À L’HÔTEL-DIEU DE MONTRÉAL
L’Hôtel-Dieu a toujours été au centre des épidémies qui ont touché Montréal.


1734 | “Un vaisseau du roi infesté d’une fièvre maligne, après avoir porté la contagion à Québec, vint aborder à Montréal avec les gens de l’équipage non atteints par la contagion. L’un des militaires, cependant, tomba malade et fut transporté à l’hôpital. Il développa la même fièvre et communiqua bientôt la contagion aux charitables Hospitalières qui en prirent soin. Dès les premiers jours, sept ou huit d’entre elles furent atteintes. Ce mal se déclarait par des douleurs si violentes et des symptômes si effrayants que les médecins eux-mêmes avouaient n’avoir jamais rien vu de semblable.”

S’il est difficile de donner une définition claire des fièvres malignes de l’époque, elles sont cependant extrêmement dangereuses et meurtrières. Neuf religieuses y laisseront leur vie, et plusieurs resteront pas moins de 40 jours à l’agonie. La maladie s’étant déclenchée à l’Hôtel-Dieu, les autorités empêchent tout contact avec les Hospitalières. Comme aucun remède ne semble vaincre la maladie, plusieurs magistrats ainsi que Mgr Dosquet, évêque de Québec, demandent aux religieuses d’évacuer leur hôpital. Elles ne laissent sur place que les Hospitalières indispensables au soin des malades contaminés.

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Image : Trois siècles de charité à l’Hôtel-Dieu de Montréal, Sœur Jeanne Bernier, R.H., 1942


1745 | Une épidémie de typhus frappe la colonie. Forte fièvre, éruptions cutanées douloureuses et faiblesse extrême, constituent les principaux symptômes du typhus, une maladie dévastatrice.

“Une épidémie pestilentielle se répand dans l’île de Montréal et dans les environs, réduisant ses victimes à la dernière extrémité. L’Hôtel-Dieu s’ouvre devant leur détresse. La maladie est si contagieuse que, des vingt-et-une religieuses qui assurent, les unes après les autres, le service de nuit, il n’y en pas une seule qui n’en ressente les symptômes dès le lendemain. Les quelques hospitalières bien portantes s’épuisent au service des contagieux. À leur grande douleur, cinq de leurs sœurs sont enlevées par le terrible fléau.”

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Image : (détail) Hôtel-Dieu (Montréal), James Duncan, 1853, Archives de la Ville de Montréal


1847 | “Au début de son troisième siècle d’existence, Montréal eut à secourir une immense infortune devant laquelle s’affirma le dévouement des Hospitalières.”

Montréal est ravagée par le typhus à la suite d’une grande vague d’immigration irlandaise. Fuyant la Grande famine, ces derniers embarquent sur des voiliers où les mauvaises conditions de la traversée et le pou de corps, vecteur de la maladie, ont contribué à transporter l’épidémie. La maladie s’est ainsi répandue très rapidement sur les bateaux, puis sur la terre ferme.

“Le Bureau de Santé défendit aux Religieuses Hospitalières de recevoir les malades dans leur hôpital. Pour les mettre à l’abri, le gouvernement bâtit de vastes hangars sur les bords du Saint-Laurent où se trouve maintenant le Griffintown. [...] Les communautés de la ville, consacrées à la charité, s’offrirent spontanément à sacrifier leur vie pour leurs frères infortunés. Nous ne restâmes pas en arrière, [...] mais, voyant qu’on nous refusait d’admettre les émigrés dans nos salles, nous suppliâmes Sa Grandeur Mgr Bourget, de vouloir bien accepter, du moins, nos personnes pour aller les soigner aux Sheds.”

Mgr Bourget accède à la demande des Hospitalières le 5 juillet. Elles aideront aux Sheds pendant une semaine avant de s’occuper des Sulpiciens, eux-mêmes atteints du typhus. En tout, 3 Hospitalières perdront la vie.

Image : (détail) Ex-voto peint par Théophile Hamel et offert à la Chapelle Notre-Dame-De-Bon-Secours par Mgr Bourget en 1849 afin de souligner la fin de l’épidémie de typhus. Représentation des Sœurs Grises, des Sœurs de la Providence et des Hospitalières.


1885, février | Refusé à l’Hôpital général de Montréal, un conducteur du Grand Trunk Railway se présente à l’Hôtel-Dieu.

“Consacrées par vœu au service des pauvres, les Hospitalières font du soin des maIades leur principale occupation, le motif de leurs travaux, de leurs fatigues, puisque c’est leur unique œuvre.”

À l’Hôtel-Dieu, on ne refuse aucun malade et l’homme est admis à l’hôpital. Couvert d’éruptions inquiétantes sur tout le corps, il est en fait contaminé par la variole. Le mal se répand très vite et ne peut être contenu. En tout, l’Hôtel-Dieu recevra 4000 malades dans ses 250 lits.

La variole (ou petite vérole) se caractérise par une impressionnante éruption de boutons pustuleux, partout sur le corps. Très contagieuse, elle emporte rapidement une grande partie de ceux qu’elle contamine. Ainsi, l’épidémie de Montréal fait presque 3000 morts, bien qu’il existe depuis 1796 un vaccin antivariolique. Malheureusement, beaucoup de citoyens se méfient de la vaccination et refusent alors d’en bénéficier.

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Hôtel-Dieu de Montréal, Salle Sainte-Anne, Studio Notman, fin du XIXe siècle, Archives des RHSJM


1890 | “Le début de l’année [...] fut pour nous vraiment triste. Une maladie que l’on appela du triple nom de grippe, influenza ou fièvre éphémère, prit, vers la mi-janvier, le caractère d’une véritable épidémie. Beaucoup de personnes en moururent. Dans l’espace de quatorze jours, il y eut vingt et un décès dans notre hôpital. Notre communauté paya largement le tribut à l’épidémie; presque toutes les sœurs en furent plus ou moins atteintes.”

Les grandes pandémies de grippes ont été signalées depuis le XVIe siècle. De 1830 à 1890, elles se sont succédées dans le monde entier, avant d’atteindre un sommet au Canada à l’hiver 1889. Heureusement, la mortalité n’est pas élevée, la moitié des décès est provoquée par une pneumonie due à des complications, et la maladie disparait graduellement. La grippe a cependant laissé de mauvais souvenirs.

“En un seul jour on en compta trente qui gardaient le lit, et durant cinq ou six semaines, la maladie maintint constamment une vingtaine de sœurs à l’infirmerie, de sorte que celles qui demeuraient sur pied se retrouvèrent surchargées de besogne, n’y ayant pas un seul lit vacant dans nos salles. La grippe maltraita fortement notre bien-aimée Mère Bonneau, et la retint pendant près de cinq mois à l’infirmerie pour les suites de cette maladie, consistant en des douleurs inflammatoires dans les articulations et une raideur dans les membres qui mettaient cette bonne Mère dans un état de presque totale impuissance. Enfin, le bon Dieu nous vint aide; [...] et la maladie s’éloigna peu à peu sans que la mort eut fait aucune victime parmi nous.”

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Hôtel-Dieu de Montréal, Salle Saint-Patrice, après 1888, Archives des RHSJM


1918 | La grippe espagnole ou influenza, ravage le Québec et s’abat sur Montréal. 17 252 Montréalais sont atteints et on dénombre 3 028 décès.

Les symptômes sont ceux de la grippe (une forte fièvre, des courbatures et des maux de tête) auxquels s’ajoutent rapidement une toux violente, accompagnée de crachats sanglants et d’une détresse respiratoire. La médecine est impuissante: il n’y a pas de vaccin, pas de médicament. Malgré la construction d’une nouvelle annexe à l’Hôtel-Dieu en 1917 comprenant notamment un pavillon d’isolement pour les malades des salles publiques, quatre Hospitalières et un chirurgien y trouvent la mort.

“Le 6 octobre, 1918, tout l’Hôtel-Dieu était en deuil, par le décès d’un de nos médecins les plus distingués: Monsieur le Docteur Romulus Falardeau. Le mardi précédent, quoique souffrant de la fameuse “grippe espagnole” qui faisait alors tant de ravages, il faisait alors son service dans nos salles; le lendemain il arrivait par l’ambulance, gravement malade d’une pneumonie et malgré les efforts de ses confrères en médecine, qui tous l’entouraient en pleurant, il expirait en parfait chrétien, samedi à midi et demie. C’est une perte immense pour notre hôpital, dont il soignait les pauvres avec un inlassable dévouement.”

Salle St.-Joseph, vers 1917

Hôtel-Dieu de Montréal, Salle Saint-Joseph, vers 1917, Archives des RHSJM


Bibliographie :
Trois siècles de charité à l’Hôtel-Dieu de Montréal, Sœur Jeanne Bernier, R.H., 1942
Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, Archives des RHSJM
Les épidémies de fièvres malignes ou grippe vécues à l’Hôtel-Dieu en 1734 et en 1918, Édouard Desjardins, dans L’Hôtel-Dieu de Montréal 1642-1973, Cahiers du Québec/Hurtubise HMH, 1973

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